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L’éloquence des juristes

A l’heure où le palais de justice se vide, a éclaté à la 17ème chambre du TGI de  Paris, le premier appel au « peuple de Berryer » : Une ènième conférence Berryer débutait ainsi.

Cette conférence réputée, rend hommage aux qualités oratoires sans conteste de Pierre-Antoine Berryer (1790-1868). Ce fils d’avocat a vu sa vocation ecclésiastique contrariée par l’intuition paternelle pour son talent d’éloquence. En dépit de débuts quelque peu décevants, on ne peut que s’incliner devant la sagacité de son père car, à force d’acharnement et parallèlement à une carrière de député, Pierre-Antoine Berryer connut un succès important au Barreau de Paris duquel il fut bâtonnier dès 1854. Ses clients furent illustres : on compte au nombre de ceux-ci le Maréchal Ney en 1815, Debelle, Cambronne, Canuel, Donnadieu, Chateaubriand en 1834, de Lamennais en 1826 et même  Louis-Napoléon Bonaparte. Ses contemporains ont loué le talent de l’orateur. Louis-Marie de Lahaye Cormenin, dira ainsi que « depuis Mirabeau, personne n’a égalé Berryer » (« Pierre-Antoine Berryer »,  par Adolphe Robert, Edgar Bourloton et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français (1789-1891)).

C’est donc naturellement que la conférence Berryer rend hommage à l’éloquence et à la joute oratoire. Animée par les douze secrétaires de la Conférence, la « Berryer » débute par une  harangue des secrétaires au « peuple de Berryer », le public. Une fois dressé le portait peu complaisant et souvent caricatural de l’invité, deux ou trois candidats tentent de faire la preuve devant la conférence de leurs qualités oratoires sur des sujets toujours farfelus qu’ils choisissent de traiter par la négative ou l’affirmative. S’ensuit un flot de critiques de la part des secrétaires qui, à leur tour, rivalisent d’éloquence. Le candidat doit alors faire face à ce qui s’apparente à un lynchage mais non dénué d’humour, devant le peuple de Berryer, presque toujours hilare.

La dernière conférence n’a pas démérité et s’est tenu selon les règles de l’art ou presque…

L’invité, David Abiker, a dû essuyer l’affront d’un portait axé sur ses échecs et caricatural à souhait. Le premier candidat s’est essayé avec bravoure à défendre la cause qui veut que la femme ne soit pas un mec bien. Mais  il n’a pas su convaincre à tel point que le passage favori des secrétaires était celui qui commençait par « et là, j’ai oublié une partie de ma plaidoirie », et finissait par « ah non, en fait je l’ai retrouvé ». On ignore à quel moment il a regretté sa tentative désespérée pour mettre en balance la concision de la journée de la femme avec la longueur de la semaine de l’incontinence. Peut-être au moment où une secrétaire a comparé sa performance à une diarrhée verbale… Sa jeunesse, 19 ans, n’a pas été pour le servir, ni ses chaussettes blanches avec des mocassins noirs, qui ont largement alimentées la critique.

Le seconde candidate  venait, quant à elle,  dire (ou montrer) qu’il faut donner sa langue (et un peu plus) au chat roulette. Ce site qui fait des vagues, consiste à chatter avec un total inconnu qui a pour seul point commun d’être connecté au même moment. S’en est suivi un show théâtral et suggestif qui a déchainé une tempête de critiques toutes plus virulentes les unes que les autres et que l’on peut résumer ainsi : on était venu pour l’éloquence, pour écouter les qualités oratoires, on a tout eu et même un peu trop, sauf ce qu’on était venu chercher.

C’est sur cette intervention que la conférence a fermé  ses portes vers minuit et demi, jusqu’à la prochaine fois.

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