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« Maître, vous avez la parole »

C’est sous la verrière du Grand Palais que se sont déroulées en grande pompe les cérémonies du bicentenaire du rétablissement du barreau. Plus confidentiel était le tirage à cinq mille exemplaires d’un livre sobrement intitulé, « Maître, vous avez la parole », non destiné à la vente. L’ouvrage rend un hommage appuyé à l’art oratoire de quelques grands avocats dont les plaidoiries ont marqué l’histoire de France. Quinze de ces chefs d’œuvre y sont reproduits. Au fil des pages, on découvre Me Chauvau-Lagarde défendre Marie-Antoinette,  Pierre-Nicolas Berryer plaider pour le maréchal Ney ou Me Isorni « faire don de sa personne » au maréchal Pétain, selon ses propres termes.

Le Figaro magazine dévoilait dans son édition du 19 juin dernier, quelques extraits de ces paroles de prétoire qui ont su traverser les siècles. Les mots de Me Labori en faveur de Zola résonnent encore : «Ne vous laissez pas intimider.[….] Donnez donc par l’acquittement un exemple de fermeté ! Vous sentez bien que cet homme [Zola] est l’honneur de la France ! Acquittez pour la vérité, pour le droit, pour le bon renom de la patrie elle-même. Ayez le courage de le sentir et de céder à votre impulsion naturelle ! ».

Le rythme soutenu du discours de Me Chenu ressuscite pour un temps les acteurs du drame qui a vu l’assassinat de Gaston Calmette, son client par Mme Caillaux, finalement acquittée : « Ne la perdons pas de vue. » clame t-il, «  Nous voulons la juger, il nous faut la connaître […] Guettons sur visage, dans paroles, gestes, émotions que pas encore vu apparaître. Crime accompli – homme gît a ses pieds – a 2 m d’elle. Son extraordinaire présence d’esprit – organisation méthodique – calme – sûreté de son tir – peut-être résultat d’une tension nerveuse dominée par volonté […] Corps va se défendre – poitrine va se gonfler – yeux vont se mouiller – crise de nerfs va se produire. Rien de cela. Émotion et affolement à leur comble mais autour d’elle. En elle, rien ne vibre. »

Exemple exceptionnel de la maitrise d’un art difficile et peut-être élan de nostalgie de la part de leurs confrères contemporains. Tout au moins peut-on regretter la diffusion restreinte de ces morceaux d’Histoire.

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  1. Charles
    30/06/2010 à 18:58 | #1

    En effet, dommage que cet ouvrage ne soit pas publié…

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