Les (vrais) taux de récidive

Alors que la récidive est régulièrement brandie comme le pire des maux de notre société au premier fait divers permettant le raccourci, le ministère de la Justice vient de publier sur son site le numéro de septembre d’Infostat qui fait un point sur récidive et réitération entre 2000 et 2007.

On y apprend notamment qu’entre 2000 et 2007, le taux de récidive (légale) pour les délits est passé de 4,4 % à 8 %. Mais il faut noter que dans cette période le nombre de condamnations a augmenté de 70 % et les rédacteurs de l’étude relèvent que cette différence de taux « s’explique en partie par une meilleure prise en compte de l’état de récidive légale dans les condamnations du fait de la loi sur les peines planchers« .

Il est surtout intéressant de noter que le plus grand taux de récidives et de réitérations cumulés ne concerne pas les délinquants sexuels mais les délinquants routiers (conduite en état alcoolique et autres délits routiers). La future incrimination de conduite d’un véhicule non équipé d’un dispositif d’anti-démarrage par éthylotest (pour la personne ayant été précédemment condamnée pour conduite en état d’ivresse dans l’article 26 du projet de loi LOPPSI II) devrait aider à réduire ces taux (contrairement aux dispositions du même texte prévoyant des délais plus courts pour la récupération des points sur le permis de conduire).

Le point crucial de l’étude est dans cette phrase : « la part des réitérants et récidivistes est d’autant plus élevée que l’on observe des populations lourdement sanctionnées, et à l’inverse elle est d’autant plus faible que la peine est légère ou peu contraignante ». Mais ceci s’expliquerait par le fait que les personnes condamnées à une peine d’emprisonnement ferme avaient déjà un passé pénal lourd. Par peine légère ou peu contraignante, il faut entendre emprisonnement avec sursis total ou amende, les peines de substitutions semblant peu efficaces en la matière.

On relèvera enfin que le plus faible taux de réitération s’observe chez les criminels sexuels et les auteurs de viols ayant précédemment été condamnés pour atteinte sexuelle ne sont en réalité que 12,4%.

Si les chiffres pouvaient museler les amateurs de faits divers, la justice pourrait sans aucun doute être plus sereine.

  1. KyF
    12/10/2010 à 20:35 | #1

    « la part des réitérants et récidivistes est d’autant plus élevée que l’on observe des populations lourdement sanctionnées, et à l’inverse elle est d’autant plus faible que la peine est légère ou peu contraignante »

    Peut-être ne peut-on néanmoins pas en déduire que l’allègement des peines est la solution. La corrélation (mathématiques) des données n’implique pas (obligatoirement) une dépendance réelle. En effet on peut éventuellement imaginé que les populations les plus lourdement sanctionnées sont également les populations celles ayant commis les infractions les plus graves et de là, les moins sensibles à la notion d’attitude conforme à la loi ?

    • 13/10/2010 à 13:00 | #2

      La phrase que vous citez est extraite telle quelle du rapport. Loin de nous l’idée d’en tirer des conclusions trop hatives et d’ailleurs le paragraphe suivant du rapport tempère aussitôt cette indication.
      Les conclusions sur les peines de substitutions qui semblent peu efficaces sont par ailleurs décevantes et mettent à mal d’autres idées reçues ?
      Il ne faut pas en tous cas négliger la source de ces informations : le ministère d ela Justice lui-même.
      Pour plus de lecture et une explication de texte acérée, n’hésitez pas à vous reporter au blog de Maître Mô.

  1. 12/10/2010 à 18:53 | #1