Début des « patrouilles », fin de la délinquance…

Unité territoriales de quartier, brigades spécialisées de terrain, patrouilleurs, etc. Voici les divers noms donnés depuis dix ans aux forces de l’ordre en poste dans des zones sensibles. En dehors du fait de savoir s’il s’agit ou non d’un retour à la « police de proximité », il semble nécessaire de se poser la question de la pertinence et de la pérennité d’un tel dispositif.

Le 20 avril dernier, au cours d’un déplacement en Seine-Saint-Denis, le ministre de l’Intérieur s’est félicité de l’action menée par le préfet Lambert, installé il y a un an par le président de la République en personne, dans la lutte contre la criminalité et le trafic de drogues. Il en a profité pour annoncer la création d’un nouveau dispositif policier, les patrouilleurs, « destiné à accroître la visibilité des forces de sécurité sur la voie publique et à renforcer les liens existant entre elles et la population ».

Quatre villes ont finalement obtenu les moyens nécessaires pour expérimenter dès cette semaine ces nouvelles formations : Nice, Strasbourg, Poitiers et Mantes-la-Jolie. Au terme d’une période de deux mois, le ministre souhaite généraliser le dispositif à l’ensemble du territoire.

Ces patrouilleurs se déplaceront par groupe de deux ou trois policiers, en vélo ou à pied, et pourront être composés de policiers, mais également de CRS. Selon le ministre, deux types de patrouille sont prévus : « la patrouille de circonscription, appelée à intervenir sur l’ensemble de la zone, et la patrouille de secteur, qui agira sur un territoire bien précis en raison de sa sensibilité et des difficultés qu’il rencontre dans un secteur bien déterminé ». Notons que ce dispositif n’a même pas été discuté par le Parlement dans le cadre du vote de la LOPPSI 2.

De l’aveu même de Claude Guéant, ces patrouilles ont pour but « d’accroître la visibilité des forces de sécurité sur la voie publique ». Il aurait pu ajouter, comme à chaque intervention, qu’il visait la disparition pure et simple de la délinquance sous deux ans. Alors que le nombre des policiers en exercice diminue, et que la délinquance n’a pas disparu, le ministre évite, par un nouvel effet d’annonce, d’être comptable de son propre bilan (rappelons qu’en plus de ses responsabilités de chef de cabinet au ministère de l’Intérieur et de Secrétaire général de l’Elysée, il a été directeur général de la police nationale de 1994 à 1998).

Le gouvernement décrit souvent une délinquance de plus en plus violente et organisée (v. l’Hyperviolence, naissance d’un nouveau phénomène criminel, sur ce forum), qui s’articule autour de zones géographiques difficilement accessibles. Dès lors, il semble qu’envoyer des policiers en binôme dans les quartiers sensibles relève de l’inconscience pure et simple. À moins qu’il ne s’agisse encore de faire croire qu’on agit, à défaut de vouloir répondre des choix de politique criminelle faits au cours de la dernière décennie.

  1. Basba
    08/05/2011 à 14:40 | #1

    Il est normal que la mise en place de patrouilleurs ne soit pas discutée par le parlement. Il s’agit de dispositions techniques particulièrement opérationnelles qui échappent aux non policiers.

    En revanche, il est clair que la contrainte sur le nombre de policiers devient un frein au développement de ces nouvelles doctrines d’emploi. Mais ce frein est finalement facilement contourné car comme souvent on change les appellations mais les équipes demeurent la plupart du temps. En revanche, le temps des patrouilles pédestres de deux policiers dans des secteurs sensibles n’est pas encore pour aujourd’hui.

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