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Affaire Colonna : chronique d’une condamnation annoncée ?

Le procès d’Yvan Colonna, accusé de l’assassinat du préfet de Corse Erignac (V. ce forum), se déroule  devant la Cour d’assises spéciale de Paris depuis maintenant sept semaines.  

Pour la partie civile, dont les avocats se sont exprimés mardi (Me Chabert, Labrousse et Baudelot), il ne fait aucun doute qu’Yvan Colonna était bien l’un des membres du « groupe des anonymes » et le tireur.

Le Parquet général, qui a pris la parole mercredi, a requis de nouveau la réclusion criminelle à perpétuité, dont 22 ans de sûreté (pendant lesquels aucun aménagement de peine ou libération conditionnelle ne peut être demandé), sur la seule base des allégations initiales des membres dudit commando condamnés en 2003 (faites pendant les garde à vue, puis rétractées). Pour les deux avocats généraux, ces rétractations seraient dues à des pressions exercées contre les membres du commando, pourtant aguerris à l’action clandestine et à la grande criminalité.

Ce matin, deux avocats de la défense, Maîtres Pascal Garbarini et Dupont-Moretti, ont plaidé avec acharnement l’acquittement de leur client, sans oublier toutefois de rendre hommage aux deux familles brisées. Ils se sont exprimés sur le manque d’éléments dans ce dossier et ont critiqué vivement le réquisitoire fragile des avocats généraux.

Me Garbarini a déploré les manipulations et les revirements des accusateurs d’Yvan Colonna, dont les paroles ont pourtant été « sacralisées » par le Parquet général.  Il a dénoncé également l’absence d’éléments matériels (aucune surveillance ou téléphonie n’a été versée au dossier notamment), les errements dans ce dossier lors de l’enquête et l’instruction et surtout le postulat de culpabilité posé d’entrée contre Yvan Colonna. Raison d’État? Peur d’un nouveau fiasco judiciaire?

Il a soutenu l’hypothèse selon laquelle les membres du commando auraient dénoncé Yvan Colonna à tort par vengeance puisque ce dernier aurait refusé de participer à leurs actions. Une hypothèse parmi tant d’autres. Et Me Garbarini de conclure que la vérité ne sera sans doute jamais apportée dans cette affaire, mais que « le doute s’est rendre hommage à la vérité ».

Me Dupont-Moretti, plus vindicatif à l’égard des avocats généraux, leur a rappelé leur rôle : faire la démonstration d’une culpabilité. Et non, ce n’est pas à la défense d’apporter la preuve de l’innocence de son client. Plus sobrement, il s’est adressé ensuite aux juges : « l’indépendance est dans vos têtes, si vous le souhaitez. Il faudra que vous soyez courageux pour acquitter cet homme ».

En outre, l’avocat, arguant notamment de l’arrêt de l’Assemblée plénière du 15 avril 2011 (V. ce forum), a rejeté la valeur probante des accusations recueillies contre Yvan Colonna lors des gardes à vue des divers protagonistes. Enfin, il s’est interrogé sur les choix de l’accusation. L’adhésion présumée d’Yvan Colonna au commando, fut-elle de quelques instants, a fait de lui un coupable. Et pourtant, l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste n’a jamais été envisagée par le Parquet général. Peut-être le sera-t-elle par les juges…

Demain ce sera au tour des confrères de Me Garbarini et Dupont-Moretti de se succéder à la barre.  Puis lundi, tombera le verdict motivé de la Cour, comme l’avait demandé la défense à l’ouverture des débats.

  1. ludo
    17/06/2011 à 00:14 | #1

    Je ne comprends pas votre titre polémique. Puisque la Cour d’assises a décidé de motiver son arrêt en allant au delà de l’intiative prise par celle du Pas-de-Calais dans un procès d’assassinat, il n’y a qu’à attendre l’arrêt en question pour le lire et analyser les éléments qui ont permis aux conseillers de prendre leur décision dans un sens ou dans un autre. Chacun sera libre d’adhérer ou de rejeter.

    Par ailleurs, il conviendrait de rappeler à certains le principe de la liberté de la preuve à la base de l’intime conviction et de dire que ne doivent pas être obligatoirement versés dans de tels procès des comptes-rendus de surveillance et un travail de téléphonie. Surveiller qui ou quoi ? Avant ou après ? Et étudier le bornage de quels numéros de téléphone ? Vous en connaissez beaucoup des assassins ou des braqueurs qui ont un calibre dans la main gauche et leur téléphone portable en pleine action dans la main droite ??? Comment voulez-vous verser des éléments matériels quand il n’y en a pas ? Quand bien même y’en aurait-il eu ? Ce n’est pas la preuve parfaite (cf présumé innocent avec H. FORD) !

  2. la rédaction
    17/06/2011 à 18:20 | #2

    Vous avez sûrement remarqué le point d’interrogation à la fin de mon titre, lequel était plus une interrogation qu’une prise de position. Et quand bien même, le forum est fait pour cela.

    Concernant les preuves matérielles, je ne dis pas qu’elles sont obligatoires mais tout simplement nécessaires dans un procès d’assises. Condamner un homme à la peine maximale n’est plus une affaire de doute mais de certitude. Ou si doute il y a, qu’il profite au moins à l’accusé. Mais nous pourrions en parler des heures…

    Peut-être que les assassins ne tuent pas le portable à la main mais ils organisent sûrement leur crime, surtout lorsqu’il sont censés faire partie d’une organisation terroriste, ne pensez-vous pas?

    Mais je vous rejoins sur un point : attendons l’arrêt de la Cour avant de porter un quelconque jugement.

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