L’art d’interroger

Il y a, au moins, deux manières d’aborder l’art d’interroger. On peut y voir d’abord les perversions liées à l’abus de pouvoir de l’interrogateur et aux pressions en vue d’obtenir un aveu. Le réquisitoire de l’avocat général François Louis Coste dans l’affaire Dils que nous publions dans ce dossier des Cahiers de la Justice en est l’exemple même. Mais on peut aussi regarder l’art d’interroger du côté de ses vertus. C’est ainsi que le magistrat et romancier italien Gianrico Carofiglio y voit une recherche dialectique de la preuve la plus convaincante. Plus tourmentée, la fiction dostoïevskienne en éclaire l’ambivalence en décrivant un juge d’instruction en quête d’un aveu ni tout à fait pénal, ni tout à fait moral (Denis Salas). Dans la réalité, notre système inquisitoire confie l’interrogatoire au policier et au juge qui en ont le monopole même s’il est largement construit par leur pratique professionnelle. Face à une vérité qui se dérobe et sous la pression d’une société troublée par le crime, chacun invente son chemin. Dans l’urgence de l’enquête, le policier exerce une certaine contrainte qu’il importe de proportionner aux fins poursuivies (Hervé Vlaminck). Au cours de l’audience d’une cour d’assises, le juge procède à des interrogatoires de contexte pour orienter l’enquête criminelle vers une forme de justice restauratrice (Martine de Maximy). L’avocat, enfin, peut suggérer des auditions pour explorer des pistes trop vite fermées par la police ce qu’il peut faire désormais au cours de la garde à vue. Le plus souvent il se replie sur l’art oratoire en attendant qu’un modèle plus contradictoire lui permette de partager le pouvoir d’interroger (François Saint Pierre).

La revue est disponible sur : http://www.dalloz-revues.fr/

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