Accueil > À lire, Formations - Colloques, Politique criminelle > Culture et droit pénal : l’Afrique entre tradition et modernité

Culture et droit pénal : l’Afrique entre tradition et modernité

Le 7 novembre s’est tenue, à l’École de droit de la Sorbonne, une conférence intitulée « Culture et droit pénal : comment intégrer la démarche de la réforme du code pénal dans une véritable politique de civilisation ».

« On ne peut construire le droit, l’État, et, a fortiori, l’État de droit en ignorant la spiritualité des populations concernées », a rappelé M. Pierre Akele Adau, Professeur et doyen honoraire à la Faculté de Droit  de l’Université de Kinshasa, qui a ajouté que chaque société s’organise juridiquement selon une rationalité culturelle qui lui est propre.

S’agissant plus particulièrement de l’Afrique, cette rationalité est double car teintée tout autant de tradition (et de coutume) que de modernité. L’antinomie entre ces deux aspects entraîne une rupture de rationalité qui rend nécessaire une réforme du droit, notamment du droit pénal. En effet, de par ses fonctions axiologique (c’est-à-dire de protection des valeurs fondamentales) et intégrante (il cimente l’ensemble de l’ordonnancement juridique), le droit pénal apparaît comme le lieu pertinent d’ancrage de la civilisation.

N’hésitant pas à employer des termes forts, M. Akele Adau décrit la culture africaine comme une « culture de la trahison ». Selon lui, l’être africain trahit sa propre culture, d’une part en refusant de s’allier aux autres (dans le monde des affaires, en matière politique etc.) – le doyen parle de « sorcellerie sociale » -, d’autre part à cause de l’absence de lieux d’éducation profonde – l’université, par exemple, ne serait plus que le lieu d’enseignement de normes externalisées, exposées par des « juristes magnétophones ».

Il juge donc nécessaire de repenser le droit africain dans l’optique de le rendre légitime et efficace. Puisque la culture porte des valeurs, que le droit (pénal) les exprime et que la société en fait ses fondements, il conviendrait de tendre vers une fusion entre culture et droit pénal. Les valeurs en question devront être pertinentes au regard des traits et des attentes actuelles des populations africaines, la simple importation des modèles occidentaux n’étant pas une solution satisfaisante.

Qu’est-il possible de conserver ? Qu’est-il opportun d’écarter ou d’ajouter ? Le choix sera difficile mais non moins indispensable. Au préalable, les populations africaines devront d’ailleurs s’interroger sur leur identité profonde, le type de société auxquelles elles aspirent, tout comme sur les stratégies et les matériels normatifs à adopter.

D’après M. Akele Adau, la voie à privilégier est celle d’une fusion entre passé et présent, entre tradition et modernité, fusion qui devra tenir compte des impératifs démocratiques et de développement ainsi que du contexte de mondialisation.

Dans cette optique, à l’image des valeurs du continent, seul lui semble possible un droit plural, métissé. Difficile de le contredire sur ce point…       

O. Martineau

  1. Pas encore de commentaire
  1. Pas encore de trackbacks